Algérie: le pouvoir, la Kabylie et ses kidnappings

La rapidité avec laquelle la gendarmerie a donné les informations sur les circonstances et les auteurs de l’assassinat du jeune Aghiles Hadjou, les statistiques des éliminations des terroristes en Kabylie exposées, dans la foulée, par la presse de connivence, le déplacement d’un membre du…

أكتوبر 29, 2012 - 12:06
تم التحديث: 14 سنوات منذ
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Algérie: le pouvoir, la Kabylie et ses kidnappings

La rapidité avec laquelle la gendarmerie a donné les informations sur les circonstances et les auteurs de l’assassinat du jeune Aghiles Hadjou, les statistiques des éliminations des terroristes en Kabylie exposées, dans la foulée,  par la presse de connivence, le déplacement d’un membre du gouvernement et du wali de Tizi-Ouzou venus assister à l’enterrement sont autant de signes qui attestent du malaise voire d’une certaine perturbation des autorités à la suite du tragique dénouement de ce 72éme enlèvement.

 

L’entreprise Hadjou est connue en Kabylie pour être plutôt disponible à l’endroit du pouvoir. Dans ce cas  précis, on peut concéder que  les relais du système peuvent ne pas être directement concernés par ce forfait.


La question n’est pas l’implication du pouvoir dans  cet assassinat en particulier mais sa responsabilité dans le développement d’un phénomène  n’ayant jamais existé dans une région qui n’en finit  pas d’endurer ce calvaire depuis l’avènement de Bouteflika. On peut même estimer, qu’en la circonstance, le jeune Aghilas est une victime collatérale. Pour autant que les fuites émanant  d’un ordre politique finissant soient fiables, il se dit que, dans un premier temps, la stratégie de pourrissement  visait essentiellement à ébranler, pour mieux la soumettre, une région qui, du point de vue du courant idéologique qui a nourri Bouteflika, était une menace pour la

cohésion nationale. Ce n’est qu’après coup que le pouvoir a perçu les bénéfices secondaires qu’il pouvait tirer des kidnappings et de la fuite des investisseurs.


Aujourd’hui, et face à un fléau en progression continue, il faut comprendre pourquoi des jeunes, dont certains sont âgés d’à peine 20 ans, sont tentés par des agissements qui ne figurent dans aucun code culturel de leur milieu naturel.


En Kabylie, le recours à l’homicide connaissait une seule et unique motivation : l’attentat à l’honneur. Héritage de la vendetta méditerranéenne, l’élimination physique pouvait avoir  ici et là quelques réminiscences qui ne relevaient jamais d’intérêts vénaux. Dans la région, la rançon est une pratique concomitante du règne de Bouteflika. Même la relative proximité avec la Régence turque, qui avait fait du commerce des otages une de ses principales rentes, n’avait pas déteint sur la Kabylie.


Comment l’endroit le plus engagé dans le combat républicain et le civisme a-t-il dégénéré au point de devenir l’espace physique et moral le plus dégradé du pays en l’espace de seulement quelques années ?


Un bref retour sur l’histoire politique de l’Algérie permet de saisir les raisons, les méthodes et les mécanismes du pouvoir dans cette invraisemblable aventure. La collectivité kabyle  fut une source sure pour les luttes libératrices et, paradoxe algérien,  une cible du pouvoir central une fois les menaces extérieures vaincues. Cela fut vrai pour la guerre comme pour l’après-guerre. Matrice du combat libérateur et bastion des luttes démocratiques, la Kabylie sera cernée dès l’indépendance et mise sous régime spécial sitôt le pluralisme conquis. La méfiance d’Alger vis à  vis des Zouaouas est une constante historique. La nouveauté est dans cette précipitation à vouloir contenir l’ennemi intérieur par des moyens délictueux et criminels. Car sur le fonds, il y a un continuum dans la perception paranoïaque de la question berbère en général et plus particulièrement kabyle chez les  trois personnages qui représentent le mieux la fantasmagorie du mouvement national. Messali, Ben Bella et Bouteflika partagent le sentiment ambigu de suspicion, respect mais aussi recours, en temps de péril extérieur, de la Kabylie. Les trois hommes appartiennent à une espèce de responsables algériens qui vivent avec un certain complexe et une vraie frustration la position satellitaire de l’Afrique du nord par rapport à un centre de gravité arabo-islamique auquel ils lient leur âme et leur dignité.  La recherche du parapluie de Chakib Arslan pour Messali, la soumission à un nassérisme tentaculaire pour Ben Bella ou la plongée dans le stupre arabique pour Boutefika furent autant de conduites qui signaient une ardente aspiration à se fondre dans un univers protecteur et, pour eux, valorisant. Avec Messali et Ben Bella, cette évasion vers un ailleurs homogène et fantasmé qui dispense de chercher des constructions identitaires et politiques nécessaires mais complexes  ne pouvait néanmoins pas se faire par un affrontement long et brutal contre la Kabylie, du moins tant que le pays n’avait pas assuré son émancipation. Le premier avait eu tout le temps de mesurer, à l’occasion de la crise d e1949, le risque qu’il y avait à s’aliéner la première région pourvoyeuse de militants et de moyens logistiques, le second comprit dès la création de l’OS qu’il valait mieux s’accommoder de ce potentiel halogène, quitte à trouver plus tard les armes adaptées à un traitement plus radical. Bouteflka, lui, sait que les temps ont changé. Pour les régimes illégitimes, la maîtrise du pouvoir dépend aujourd’hui plus des concessions économiques que l’on fait aux grands que de la puissance militaire que l’on pourrait opposer à ceux qui peuvent menacer vos positions. De plus, l’homme, rusé et craintif, n’est pas porté sur les batailles directes. Le type de répression menée contre la Kabylie par Ben Bella et Boumediene ne l’inspire que très modérément. Contrairement à ce que des factions du pouvoir ont laissé entendre, les exécutions des 126 jeunes en 2001 n’ont été ni dictées ni conduites par Bouteflika. Cela dit, une fois la période d’affolement passée - il a failli démissionner à l’époque - le chef de l’Etat ne s’est pas privé pour tirer le meilleur profit de la situation : refus de faire juger les assassins pour disposer d’un levier de chantage sur les auteurs de l’opération, encouragement des manipulations des groupes de nuisances apparus dans la foulée pour polluer un peu plus la scène politique régionale…


C’est précisément à partir de 2001 que Bouteflika opte pour le programme de la réduction kabyle. Après la sortie du RCD du gouvernement, il avait définitivement compris que sans l’application d’un  deal politique impliquant de vraies réformes démocratiques il n’y avait pas de composition possible avec des forces qui pouvaient assurer une intégration durable et organisée de la région dans l’échiquier national. Il fait alors le choix d’une stratégie de démembrement socio-économique de la Kabylie qui avait l’avantage de provoquer une rémission ou, au minimum, une dysharmonie politique sans avoir à recourir à la force brutale. Il ne faut pas oublier que l’homme ambitionnait de postuler au Nobel.  A partir de 2001, Said Bouteflika, qui est en quelques sortes le proconsul pour ce chantier,  fait de Tizi-Ouzou et de Béjaïa ses étapes privilégiées. Il  repère les segments sociaux les plus malléables et  obtient, pour cette entreprise, des budgets comme ceux que l’on allouerait pour le développement d’une partie du pays. Exploiter la moindre dissension politique que la culture locale,  dépossédée depuis la guerre de ses traditions de consensus, transformait en déchirement,   récupérer tous les acteurs défaillants dans le contrat social ou marginalisés par la rudesse et la rigueur du combat politique, protéger, enrôler et promouvoir la délinquance pour en faire une expression sociale à part entière sur laquelle on pouvait s’appuyer pour les pires provocations furent les principaux constituants du plan quinquennal de Bouteflika sur la Kabylie . Le projet bénéficia d’un apport inattendu de la part des services spéciaux. En effet, si pour Bouteflika il s’agissait de protéger la nation en annihilant un danger historique, pour le DRS il fallait sauver un pouvoir hégémonique en neutralisant une source de contestation permanente dans un monde où l’information, mondialisée par la révolution numérique, n’autorisait plus les grandes purges à huis clos. Par des approches et pour des raisons différentes,  Bouteflika et le DRS se sont objectivement retrouvés sur le dossier kabyle.


Dans un tel contexte, des individualités comme Khalida Toumi, Benyounes, Hannachi ou Ould Ali n’ont pas été seulement néfastes par le poids intrinsèque de leur nuisance, ils ont surtout coûté par ce qu’ils laissaient voir que dans la nouvelle génération aussi la trahison d’un engagement était possible, profitable et…sans risque. En franchissant la ligne rouge de l’honneur, ces contre-exemples du militantisme et du civisme ont précipité des masses de jeunes dans la déception, la colère puis la vengeance contre une mouvance qu’ils avaient sacralisée. Ces reniements qui ont souillé un combat qui avait bercé l’enfance de toute une génération fut le moteur infernal qui mena directement les jeunes à la haine de leur environnement puis au gain facile, antichambre du crime.


On pourra dire que les retournements politiques existent dans toutes les régions d’Algérie. Certes. Il reste que passer du FLN au HMS ou au RND n’a pas la même résonnance et ne produit pas les mêmes effets que déserter le FFS ou le RCD pour se transformer en prédateur du système avec d’autant plus de zèle que l’on est tenu de démontrer sa trahison à tout instant.
Cet affaissement général  a vu l’université de Tizi-Ouzou, un des sites pilotes de la recherche et du débat, livrée à des personnages auxquels était assigné un objectif capital : « dépolitiser les lieux », c’est-à-dire faire la chasse à tout cadre et enseignant non clientélisable et interdire, ou en tout cas tenter de le faire, toute activité autonome.  En une dizaine d’années la meilleure université d’Algérie est devenue le terreau de la décadence éthique et de la régression intellectuelle et pédagogique. La génération qui lisait Mammeri,  Yacine ou Camus, qui apprenait à écrire en tamazight en 1980 est remplacée par un masse qui arrache ses diplômes  par les menaces exercées sur les professeurs,  les passe-droits et subi sa vie d’universitaire dans la délation et le désœuvrement. La formation est assimilée à la triche et, une fois rendu à la vie professionnelle, agresser pour satisfaire au plus vite et au moindre effort des besoins toujours plus exorbitants est un objectif légitime, sinon respectable.


Cette volonté de perturber les normes et repères sociaux pour transformer le jeune en zombie n’est pas propre au monde universitaire. L’administration est chargée de la promotion sociale par la soumission  et le dévoiement des luttes qui ont fait de la Kabylie une région à part. Tout ce qui peut entretenir ou amplifier la dynamique de démembrement est méthodiquement managé  et soigneusement ménagé. Khalida Toumi est la ministre qui aura, et de loin, passé le plus de temps au ministère de la culture. Contestée par les acteurs du secteur, atteinte par les scandales financiers dénoncés par les cadres de son département, son bilan est lourd.  A deux reprises au moins Bouteflika pensa à la révoquer. Le blocage de la dynamique culturelle en Kabylie   dont elle se prévaut l’a sauvée.  Et il y a de quoi. Ould Ali Lhadi qui n’a ni le profil ni les diplômes requis,  est nommé, en violation de la loi, directeur de la culture dans l’exécutif de wilaya, directeur de la maison de la culture de Tizi-Ouzou et directeur du théâtre régional de la même ville. Le wali lui-même, pressé par l’APW dirigée par l’opposition, a été obligé d’avouer qu’il ne pouvait rien contre cet abus de pouvoir, ajoutant que l’indu responsable  a consommé  moins de 4% du budget prévisionnel dévolu à la région. Pour faire bonne mesure, il se fait assister comme directeur du comité de campagne de Bouteflika par un délinquant toxicomane multirécidiviste. On ne croit pas savoir que Bouteflika tolère de telles couvertures à Tlemcen.
Hannachi, président à vie de la JSK a transformé un des clubs sportifs à l’identité la plus affirmée en sas pour un affairisme tapageur. Il en est à ne plus pouvoir se montrer au stade, les banderoles exigeant son départ  et les quolibets de la galerie n’ont pas eu raison du soutien que Bouteflika lui prodigue contre vents et marées.  Combien de jeunes Kabyles se sont organisés dans la confection de fanions, l’organisation de voyages ou la préparation d’activités sportives dans le sillage de la JSK, s’épargnant des fréquentations douteuses.  Le dumping du hannachisme alimente également  colère et ressentiment qui, s’ajoutant au chômage endémique, peut transformer en desperado n’importe quel supporter.


D’autres comportements, qui pour être plus discrets, n’en ont pas moins produit des effets moralement désintégrateurs. Des députés du RCD et du FFS ont dû quitter, pour une raison ou une autre, le parti qui les a fait élire au parlement. Aucune de ces personnes, dont certaines peuvent revendiquer un parcours de plusieurs années dans l’opposition démocratique, n’a remis son mandat, quitte à devoir postuler à titre individuel à l’élection qui est organisée en cas de démission ou de décès. Mieux, tous ont continué à percevoir leurs indemnités et ne se sont plus jamais acquittés de leurs cotisations, condition de la validation de leur dossier de candidature. Ces défections ont eu des répercussions particulièrement dommageables  sur l’équilibre moral et civique du jeune qui se sent délié de toute retenue ou obligation de solidarité. Le détournement de mandat des anciens élus du FFS et du RCD est bien évidemment instrumentalisé par les officines des services qui s’en saisissent pour seriner leur litanie préférée : «  tous les politiques sont des traitres ou des voleurs potentiels ». Sans boussole, le jeune Kabyle traduit ces retournements comme autant de permis de voler et, en cas de besoin, tuer.


Le combat pacifique qui fut la force de la Kabylie ces trente dernières années, est en train de devenir son talon d’Achille. En imposant aux populations les délinquants sur la place publique, le pouvoir, cherchant à disqualifier l’influence de l’action politique organisée, a créé les conditions du crime organisé. On ne sait pas encore si l’assassinat du jeune Aghiles Hadjou a été commis par un groupe isolé ou s’il est le fait d’un chainon d’une organisation plus élaborée. On sait cependant que dans le cas de l’entrepreneur Slimana, les criminels sont bel et bien cooptés sur un mode maffieux avec  ses ramifications, ses méthodes et sa stratégie. Dans une collectivité livrée à la rapine généralisée, la fonction a fini par créer l’organe. Le pourrissement conçu comme méthode de neutralisation de la « subversion kabyle » a muté en fait politique dont les projections peuvent échapper, en certaines circonstances, à des laborantins apprentis sorciers. Même le MAK qui avait un moment capté les jeunes les plus exaltés voit ses rangs se clairsemer  devant l’absence de perspective qu’il offre à une radicalité qui, lorsqu’elle se réclame encore du registre politique, n’hésite plus à envisager la violence révolutionnaire pour l’indépendance de la Kabylie.


Reste à savoir si ce n’est pas ce que recherche un régime balloté par une crise interne sans fin et un environnement régional qui le harcelle de toute part. Ce ne serait pas la première fois que le pouvoir algérien aura joué de la provocation en Kabylie quand il est mis face à ses turpitudes.

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التعليقات (2)

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EL ABASSI
EL ABASSI 14 سنوات منذ
<strong>Le sursaut de la jeunesse algerienne toujours attendu...</strong> Les braves peuples arabes courageux qui avaient reussi victorie&nbsp;usement a faire chuter dans l\'humiliation la plus totale leurs dictateurs en tunisie,egypte ,libye , yemen,et bientot en syrie, attendent avec impatience que le peuple algerien se decide a faire de meme en se revoltant contre le regime dictatorial ,absolu et sans partage des harkis monstres, qui ettouffent le pays economiquement comme politiquement. Regime affreux qui aurait reussi a isoler l\'algerie politiquement parlant du maghreb et du monde arabe depuis des decennies. Le sursaut de la jeunesse algerienne qui serait capable d\'en finir pour toujours avec le regime barbare des harkis se fait malheure&nbsp;usement toujours attendre. le BOUAZIZI algerien ,n\'existe-il pas en algerie ou ne serait-il pas ne encore dans le pays? la jeunesse algerienne,negligee et livree a elle meme,soumise au chomage meprisant ,a la hogra et sans avenir certain dans un pays riche en gaz et petrole qui constituerait plus de 60% de la population du pays,acceperait-elle a rester indefiniment dominee et ecrasee par un regime barbare et haineux a un moment ou le printemps arabe aurait permis l\'emancipation totale des peuples opprimes de tunisie,d\'egypte,et de libye pour ne citer que ceux du maghreb?. Le moment est propice pour que la jeunesse algerienne passe a l\'action et frapper le fer tant qu\'il est chaud et profiter de la faiblesse du regime assassin de trois cents milles algeriens durant la decennie noire,avant qu\'il ne soit trop tard pour elle,car le temps passe et le regime des harkis mise sur le tassement de l\'effet du printemps arabe et ferait le dos rond en esperant que la tempete du printemps arabe n\'atteindrait pas l\'algerie. Le regime des harkis croit pouvoir prendre des dispositions draconiennes de securite a tarvers le territoire algerien pour empecher la revolte imminenete du peuple algerien mais c\'est ne pas compter avec la determination des peuples quand ils se decident a se debarrasser des dictateurs pourris et assassins. Le regime militaire illegitime des harkis au pouvoir depuis 1962 a aujourd hui ,fortement affaibli serait vulnerable et incapable de refaire une autre decennie noire ces temps-ci , il reviendrait donc au peuple algerien et sa jeunesse d\'en profiter pour se liberer du joug de ce regime de dictature la plus horrible du monde.
العيد
العيد 14 سنوات منذ
<strong>الحركى الأنجاس هم من قتلوا معطوب الوناس ويخطفون الناس</strong> لا يخدعكم الحركى الكلاب الحاكمين بالإنقلاب وتزوير الإنتخاب الذين جاؤا بهذا الداب الكذاب المدمن من الشراب كرزاي العطاي الذي جاءت به العصابة النهابة على ظهر دبابة وزوروا له الإنتخاب وبردعوه كالداب إذا قالوا له : يمين / يسار ـ دجار ـ وإذا خالف التعليمات ـ مات. بوتف السكران وكال رمضان الذي دمر معدته السرطان من الإدمان.