Opposition de la marmite et élites de l’Etat
« Prends soin de tes pensées parce qu’elles deviendront des mots Prends soin de tes mots parce qu’ils deviendront des actions Prends soin de tes actions parce qu’elles deviendront des habitudes Prends soin de tes habitudes parce qu’elles formeront ton caractère Prends soin de ton caractère parce…
« Prends soin de tes pensées parce qu’elles deviendront des mots
Prends soin de tes mots parce qu’ils deviendront des actions
Prends soin de tes actions parce qu’elles deviendront des habitudes
Prends soin de tes habitudes parce qu’elles formeront ton caractère
Prends soin de ton caractère parce qu’il formera ton destin
Et ton destin sera ta vie. » [Dalaï LAMA]
Les pervers narcissiques n’éprouvent aucun respect pour les autres, qu’ils considèrent comme des objets utiles à leurs besoins de pouvoir, d’autorité, ou servant leurs intérêts. Ils font des promesses qu’ils ne tiendront pas, sachant que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Pris en flagrant délit de mensonge, ils sont capables de nier avec un aplomb hors du commun.
Je suis un opposant. Un opposant algérien. Que peut donc signifier dans ma pauvre tête le mot changement ? J’ai toujours rêvé de devenir l’interlocuteur privilégié et incontournable du régime que je dénonce avec une rare ardeur humaniste depuis des années. Je veux que les gens parlent de moi au village. Je veux être riche, puissant et courtisé par tout le monde. A chaque élection, je mobilise tout mon entourage. Quand je sais que le régime préfère l’autre, j’appelle les citoyens au boycott. Mais généralement, je fais attention ; je ne laisse pas l’autre me doubler. Je le frappe d’inexistence pour le mépriser et le déstabiliser. Je le fais passer pour un collaborateur… Quand je parle de l’autre, j’oublie le régime. Je provoque la sidération et l’adhésion de l’entourage en le confrontant à l’horreur absolue : par exemple parler longuement des insuffisances et de l’inconséquence de l’autre pour me rapprocher le plus possible du pouvoir. L’autre fait comme moi aussi. Tous les deux, on fait la même chose depuis si longtemps que le peuple ne sait plus qui est son adversaire. Chaque fois que les circonstances l’ont exigé, je n’ai pas hésité à charger et à blâmer l’autre, au nom de ce que je présentais comme des valeurs universelles sures, au nom d’une coexistence pacifique entre la démocratie et le régime des généraux, au nom d’une fraternisation entre les deux rives de la Méditerranée. J’ai dénoncé l’imposture démocratique qui a hissé l’autre à la tête d’un parti politique.
J’ai dit à tout le monde que l’autre a été fabriqué dans les laboratoires du pouvoir alors que l’autre disait de moi la même chose. Depuis ma naissance à ce jour, je n’ai pas proposé la moindre alternative pour aider le peuple à comprendre de quoi sera fait son avenir. Je suis si ambitieux qu’à la longue je vois partout des adversaires et des ennemis. Surtout lorsque l’autre fait une bonne proposition politique, je deviens enragé. J’ai l’impression qu’un TGV m’est passé sur le corps. L a riposte est instantanée : Je crie à la trahison contre la paix ; je dis à tout le monde que l’initiative de l’autre est l’œuvre du DRS et de la main de l’étranger et je fais planer le doute d’un compromis contre le peuple et d’une menace totalitaire théocratique… Je ferme mon portable, mon blog et mon bureau. J’ai des insomnies… Je souffre le martyr ; je n’arrête pas de boire et de crier à longueur de journée contre la famille.
Mais au fait, y a-t-il quelqu’un parmi le peuple qui nous écoute ? Personne ! Je sais que personne ne nous écoute parce que depuis toujours le peuple a refusé de voter. Personne ne prête attention à nous. On est de pauvres petits cons ! Vous savez pourquoi le printemps arabe a fait marrer à en mourir le régime ? Parce qu’on ne vaut pas in sou ! De l’universitaire de l’Etat, on est devenus une opposition de la marmite.
Par Said Radjef
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