Algérie : Un régime moribond contre une société qui se reveille
La société algérienne, longtemps tenue à l’écart, traumatisée par la guerre civile, se réveille de sa longue léthargie. Voire d’une anesthésie. Partout, chaque jour, des jeunes, des syndicalistes, des chômeurs, des militants politiques se manifestent et tentent d’occuper les espaces publics…
La société algérienne, longtemps tenue à l’écart, traumatisée par la guerre civile, se réveille de sa longue léthargie. Voire d’une anesthésie. Partout, chaque jour, des jeunes, des syndicalistes, des chômeurs, des militants politiques se manifestent et tentent d’occuper les espaces publics. Partout, la réaction est la même : arrestations, matraquage, poursuites judiciaires, harcèlement, intimidations et parfois emprisonnement.
Incapable d’apporter la moindre solution aux revendications légitimes de la société, le régime instrumentalise les services de sécurité et la justice pour réprimer, et tout faire pour dissuader l’inexorable prise de conscience.
Un jeune de Larbaa a été arrêté chez lui et conduit au commissariat, ou il a été interrogé et battu pendant 12h. Le lendemain, il a reçu la visite d’un homme se présentant comme officier du DRS. Celui ci lui a proposé un deal : « tu me donne ton mot de passe Facebook et je leur dis de te libérer ». Ayant refusé, le jeune a été présenté au procureur qui l’a placé sous contrôle judiciaire avec 4 de ses camarades. Dans d’autres villes, les militants et les chômeurs se présentent chaque jour devant les tribunaux.
A Laghouat, le procureur a requis 5 années de prison contre des chômeurs.
A Ouargla, le coordinateur de la CNDDC ( Coordination Nationale pour la Défense des Droits des Chômeurs) Tahar Belabes, subit, avec ses camarades, un véritable harcèlement judiciaire. Les accusations se suivent sans répit. En, janvier, il avait été arrêté et détenu pendant 4 jours avant d’être libéré, puis condamné à 1 mois de prison ferme. Il attend son jugement en appel.
A Hassi Messoud, de nombreux chômeurs sont à la merci des décisions de justice suite à des rassemblements au cours desquels ils avaient revendiqué juste leur droit à un travail. Un autre jeune, Saber Saidi, est emprisonné depuis neuf mois, pour avoir publié des vidéos sur internet.
Un père de famille et son fils, ont été détenus plusieurs mois, pour avoir accroché l’étendard des salafistes dans leur maison. Le père a été récemment libéré après six mois de prison et le fils est toujours en détention.
En réalité, les arrestations sont quotidiennes. Même des syndicalistes maghrébins, venus pour une réunion à Alger, ont été arrêtés puis expulsés sans ménagement.
Face à cette société, les jours du régime algérien, en place depuis plus d’un demi siècle, semblent désormais comptés.
Alors qu’ils pensaient avoir réussi à passer entre les gouttes du « printemps arabe », les dirigeants algériens sont rattrapés par leur propre gabegie. Les scandales à répétition sur de graves affaires de corruption qui éclaboussent le sommet de l’Etat, s’étalent quotidiennement dans les médias locaux et internationaux. Chaque jour, ou presque, amène son lot de nouvelles révélations, aussi sordides que révoltantes, laminant définitivement le peu de crédit dont il disposaient.
Au niveau politique, c’est la bérézina.
Les deux principaux partis constituant l’alliance présidentielle, et disposant, ensemble, de la majorité dans les deux chambres, sont secoués par de graves crises internes. Si l’ancien premier ministre, Ahmed Ouyahia, sentant le vent tourner, a vite démissionné du RND, pour s’éviter une humiliation, le patron du FLN s’est accroché jusqu’au bout, de façon odieuse, ne reculant devant aucune bassesse, allant jusqu’à provoquer une grave division dans son propre parti.
Ces crises multiples et multidimensionnelles, sont révélatrices de la lutte féroce lutte que se livrent des clans, au sommet de l’Etat, pour la succession de Bouteflika.
Une atmosphère de fin de règne, significative de la décomposition d’un régime de septuagénaires, sans relève, sans projet, sans programme et sans capacités de travail.Un régime grabataire.
Le décalage entre une société qui aspire à une vie « normale », qui aspire à fonctionner naturellement, ou les droits les plus essentiels seraient respectés, une société vivante et vivace, qui ferait elle-même émerger ses leaders syndicaux, ses représentants politiques, ses femmes et ses hommes de culture, sans interventions de la police politique, d’un régime obsolète, en total déphasage avec les évolutions historiques, et les aspirations montantes, qui déferlent sur toute la région. Un régime qui continue à gérer ses propres turpitudes, à défaut de diriger le pays, comme s’il était encore dans les années 70. Le fossé entre cette société qui bouillonne, et ce régime qui se désintègre, ne cesse de se creuser.
La rupture, entre une société qui revient de loin, et qui et gagne chaque jour en force et en efficacité, face à un régime moribond est définitivement consommée. C’est dans l’air. La société toute entière est en effervescence. Elle semble heureuse de renouer avec ses réflexes perdus, ceux de la dignité, de la saine révolte, du désir de se réapproprier son propre destin. Bientôt ce sera une immense clameur. Plus personne n’ignore les incontournables perspectives. Y compris les dirigeants, eux-mêmes, dont le seul souci n’est plus que de gagner du temps. Pour voir venir ;
Yahia Bounouar
ما هو رد فعلك؟
مثل
0
لا يعجبني
0
حب
0
مضحك
0
رائع
0
حزين
0
غاضب
0
التعليقات (3)