Qui peut empêcher Bouteflika d’être président à vie ?
En l’absence d’une véritable élite, le scrutin présidentiel de 2014 ne risque guère de soulever les passions, au sein d’une population désenchantée, désœuvrée, dont une partie est tentée par la corruption et le gain facile. Avec l’appui inconditionnel de l’ANP, un grand favori se détache : le…
En l’absence d’une véritable élite, le scrutin présidentiel de 2014 ne risque guère de soulever les passions, au sein d’une population désenchantée, désœuvrée, dont une partie est tentée par la corruption et le gain facile. Avec l’appui inconditionnel de l’ANP, un grand favori se détache : le président sortant, Bouteflika. Dans les pays dirigés par la junte, le sortant dispose toujours d’un avantage crucial : le contrôle de l’appareil administratif, au niveau national mais surtout municipal, qui permet de mobiliser les électeurs. Mais l’avantage de Bouteflika ne se limite pas seulement à ce privilège. Outre le soutien de la haute finance internationale et de la grosse industrie militaire qui ont désormais la main basse sur toutes les richesses du pays, Bouteflika n’a en face de lui aucun adversaire potentiel. Ni au sein de l’ANP ni dans la société civile. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’une quelconque défection dans les rangs adverses au régime. Il n’existe pas d’opposition et de classe politique à même de faire pressentir de réels candidats à celui du régime. Depuis 1962 à ce jour, toutes les lois électorales mises en place ont pour objectif d’empêcher l’émergence d’une véritable élite politique en mesure de présenter des candidats crédibles. Au-delà de l’argument de la fraude dont se sert à chaque fois la classe politique pour justifier son absence et sa faiblesse face aux candidats du régime, il y a lieu de noter les anachronismes de la démarche des « opposants ». Leur politique n’attire plus les grandes foules. Ils n’arrivent plus à offrir un cadre d’expression conforme au mécontentement des larges couches populaires du pays. Avec un rare cynisme, ces « opposants » reconduisent la même politique que celle pratiquée par le régime depuis le 1er novembre 1954 à ce jour. Lorsqu’il ne s’agit pas de la chasse aux sorcières, ils se voilent fébrilement derrière des arguments qui ne tiennent plus la route pour assurer, au même titre que Bouteflika et les généraux, leur pérennité à la tête de leurs états major politiques respectifs. Il est tout de même étrange qu’au moment ou la société apparait plus divisée que jamais et que le pouvoir est aux abois, les « opposants » brillent par une absence majestueuse. Les seuls discours que l’on entend ici et là, à moins de douze mois du scrutin présidentiel, ne sont qu’un large écho au dossier de corruption brodé pour les besoins d’une certaine cause par la presse aux ordres. Comme si le peuple ignorait que le pouvoir est un parti de voyous, de mercenaires et d’imposteurs sans scrupules.
Qui va empêcher Bouteflika d’être président à vie ? En face de lui, il y a du néant auquel les « opposants » donnent l’illusion depuis 1962 à ce jour d’une grande résistance dans des manifestations d’occasion. Or depuis l’indépendance à ce jour, le régime n’a eu en face de lui aucun adversaire.
Plus que se renouveler, ces « opposants » nourris à la sève du populisme doivent trouver un terrain d’entente pour lancer un front commun. Non pas pour renoncer à leurs convictions idéologiques, mais pour chasser l’un des régimes les plus pervers et les plus pernicieux de l’histoire de l’humanité. Il n’y ni Tartag, ni Djebbar et encore moins une quelconque lutte des clans au sein du sérail. Tous ces généraux sont des primaires qui ont su se transformer en pieuvre pour enserrer tout sur leur passage. En l’absence d’une nouvelle vision, d’une union des élites du pays, de toutes les élites du pays, dans lesquelles se reconnaitra pleinement le peuple, le candidat Bouteflika sera président à vie. Et personne n’a le droit de crier à la fraude et au bourrage des urnes.
Par Said Radjef
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