Questions sans réponses sur l’assassinat de Matoub
Dix-huit ans après l’assassinat de Matoub Lounes, plusieurs zones d’ombre demeurent à ce jour non-élucidées. Des interrogations restent sont réponses et elles sont fort nombreuses. A commencer par le choix de la date exacte de l’assassinat. Pourquoi spécialement la date du 25 juin 1998. Matoub…
Dix-huit ans après l’assassinat de Matoub Lounes, plusieurs zones d’ombre demeurent à ce jour non-élucidées. Des interrogations restent sont réponses et elles sont fort nombreuses. A commencer par le choix de la date exacte de l’assassinat. Pourquoi spécialement la date du 25 juin 1998. Matoub avait été bel et bien enlevé par les groupes islamiques armés en 1994, selon ses propres témoignages. Les ravisseurs du Rebelle l’ont libéré sain et sauf après une mobilisation populaire inédite dans les annales.
Pourquoi quatre ans plus tard, si ce sont vraiment les groupes du GIA qui l’ont assassiné, l’auraient-ils fait alors qu’ils avaient l’occasion de le tuer et ils ne l’avaient pas fait en 1994 ? La question mérite d’être posée surtout quand on sait le contexte politique dont lequel a eu lieu le crime. A la veille de la promulgation d’une loi absurde portant sur la généralisation de la langue arabe. Mais c’est plutôt la démission du Président Liamine Zeroual, juste après l’assassinat de Matoub et l’organisation d’élections présidentielles anticipées moins d’une année après que Matoub a été assassiné qui intrigue. L’autre point d’interrogation, c’est le fait que les responsables du RCD (le Rassemblement pour la culture et la démocratie) se soient empressés, quelques minutes après le meurtre d’exercer une pression sur l’épouse et la sœur ainsi que sur la mère du Rebelle pour les pousser à déclarer prématurément “qu’il n’y avait l’ombre d’aucun doute que c’était le GIA qui a assassiné Matoub”.
En parlant du RCD, rappelons aussi que le retour de Matoub en Algérie durant la semaine du 25 juin 1998, était motivé par le fait que sa femme Nadia ne parvenait pas à obtenir de visa pour la France. Les responsables du RCD à Alger avaient reçu le passeport de Nadia des mains de Matoub des mois avant le 25 juin avec la promesse que le problème de visa allait être réglé. Mais durant toute cette période, toute les tentatives de Matoub Lounès de contacter les responsables du même parti notamment par téléphone sont restées vaines. A ce jour, aucun responsable du RCD n’a apporté de réponse à cette question. Un épisode que développe longuement Nadia Matoub dans son livre Pour l’amour d’un Rebelle. Il est évident qu’en évoquant ce point, il ne s’agit point de faire un raccourci dans le but de tirer une quelconque conclusion mais il est question uniquement de relever une anomalie. Le fait que depuis l’assassinat de Matoub, le RCD n’a jamais organisé un hommage à Matoub est aussi une autre bizarrerie surtout quand on sait que Matoub a été pendant longtemps un sympathisant actif de ce parti avec lequel il a partagé notamment les positions anti-islamistes tranchées ainsi que les idées laïques ouvertement assumées par le RCD à l’époque.
Le fait que le RCD ne veuille pas faire de Matoub un fond de commerce, pour justifier cette amnésie et cette ingratitude envers un homme qui a beaucoup donné au RCD, peut être un argument acceptable mais insuffisant. Concernant toujours l’affaire de l’assassinat de Matoub, l’une des zones d’ombre les plus flagrantes est la détention “provisoire” pendant plus de douze ans de deux présumés coupables (Chenoui et Medjnoun) dans le crime en question, un fait inédit dans les anales judiciaires dans le monde entier. Les accusations persistantes de Malika Matoub quant à “l’implication” de Nordine Ait Hamouda dans cet assassinat pendant dix huit ans avant de ce rétracter en 2016 sans donner aucun explication aux milliers de fans de Matoub qui l’ont pendant longtemps cru sur parole, constitue l’un des plus grands suspense de cette affaire. La même Malika Matoub n’a pas cessé d’insinuer aussi que Nadia, la veuve de Matoub, aurait été utilisée dans l’exécution de ce crime. Et la liste est encore très longue comme le fait que malgré que Hassen Hattab avait revendiqué l’assassinat de Lounès Matoub au lendemain du crime, il n’a jamais comparu dans un procès sur l’assassinat du Rebelle. Est-il vraiment difficile d’apporter des réponses à toutes ces questions s’il y avait réellement une volonté de faire jaillir la vérité sur l’assassinat de Matoub ? La question ne cesse de se poser à chaque anniversaire de l’assassinat du Rebelle.
Tahar Khellaf
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